Rencontre au moulin.

Connaissez-vous le moulin d'Eaucourt ? Prenez deux minutes pour découvrir un lieu, mais aussi un jeune homme formidable.

Il y a des bâtiments que l’on voit dans notre paysage quotidien et pour lesquels on ne prend jamais le temps de s’arrêter. Ce samedi, c’est le moulin d’Eaucourt qui m’a appelé alors que je passais sur la route entre Abbeville et Bellancourt. Je ne m’y étais jamais arrêté, alors que j’emprunte cette route depuis des années. « Allons jeter un œil, il y aura toujours une photo à faire », me suis-je dit. J’étais bien loin de m’imaginer la suite.

Sur place, j’ai fait la rencontre de Benoît, un jeune meunier de 23 ans qui arrivait au même moment que moi pour ouvrir le moulin. « Je dois recaler », m’explique-t-il. Je savais que les pompiers décalaient, mais j'ignorais que les meuniers, eux, « recalent ». En réalité, la sécheresse actuelle joue sur la matière : le bois se rétracte et du jeu apparaît dans le mécanisme. Il ne m’en avait pas assez dit et vous me connaissez : un vieux moulin, un meunier… raconte-moi !

Benoît a pris tout son temps, un temps presque suspendu. L’espace de ce moment privilégié, nous voici revenus au XVIIIᵉ siècle. Benoît m’explique que ce moulin-tour en pierre de taille a failli disparaître à jamais. Il aura fallu la passion d'artisans et de bénévoles pour reconstruire à l'identique sa charpente complexe et ses mécanismes intérieurs, parfois avec des pièces d’occasion comme il me l’a souligné. Mais aujourd'hui, l'édifice ne se contente pas d'être beau : il tourne et produit de la farine comme autrefois.

« Vous voulez visiter ? » Ce que Benoît ne savait pas, c'est qu’il allait être harcelé de questions !

En pénétrant dans la tour, l'odeur du bois massif et du grain écrasé vous saisit immédiatement. Sous la calotte orientable, l'ingéniosité des anciens prend tout son sens : le grand rouet en chêne engrène ses alluchons dans la lanterne avec une précision d'horloger (vous constaterez que j’ai retenu un peu de vocabulaire !). Ici, pas de moteur, seule la force du vent, transmise de l'arbre d'ailes jusqu'à la trémie, permet d'entraîner la meule de pierre.

Benoît me guide à travers les étages avec une générosité impressionnante. Je l’interroge sur son parcours et ce dernier me confie avoir toujours voulu être meunier, et ce depuis l'enfance. Passionné par les moulins, il est devenu passionnant à écouter et à regarder travailler. Il incarne cette jeune génération qui refuse de voir mourir les gestes ancestraux et, en cela, nous lui devons déjà beaucoup. De la prise au vent des voiles au contrôle du grain glissant au creux de sa main, il fait vivre ce moulin avec une maîtrise remarquable.

Mais le mieux, c'est encore de vous y rendre et de faire vous-même la rencontre de Benoît.

Renseignement sur : https://fdmf.fr/moulins-de-france/liste-moulin/france/hauts-de-france/somme/moulin-guidon/

Ou contact Mairie de Eaucourt Sur Somme : 03 22 27 70 93

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